Publication « Topographie urbaine en Gaule durant l’Antiquité tardive : des chefs-lieux de cité multipolaires » Gallia – Archéologie des Gaules – 82/2025
En décembre 2023, la ville de Bordeaux accueillait le huitième colloque international de l’association Antiquité tardive en Gaule (ATEG) dont le titre était volontairement interrogatif : « Les villes de l’Antiquité tardive en Gaule et dans les régions mitoyennes : des sites multipolaires ? ». Ce volume s’en fait l’écho au travers d’articles issus des communications qui portent sur plus d’une vingtaine de chefs-lieux de cité des provinces gauloises, examinés sur une période allant du IIIe au VIe s. apr. J.-C. Une ouverture est en outre proposée au travers d’exemples voisins, choisis en Italie du Nord, en Espagne et en Afrique du Nord.
En ligne sur OpenEdition Journals : https://journals.openedition.org/gallia/9183
Vaison-la-Romaine : premier état des lieux et nouvelles données sur le secteur des thermes du Nord durant l’Antiquité tardive
par Caroline Michel d’Annoville et Anaïs Roumégous
p. 145-162
https://doi.org/10.4000/15h4s
Résumé :
Des recherches réalisées à Vaison-la-Romaine (Vaucluse) dans le quartier de la cathédrale et, plus récemment, sur le forum ont permis d’amorcer une première réflexion sur la topographie urbaine et la transformation de l’héritage monumental antique, dans un contexte de christianisation des paysages. Le bilan de ces données laisse entrevoir une ville qui paraît s’être rétractée en bordure de rivière, entre l’ancien centre monumental et la cathédrale, les monuments semblent polariser l’occupation. L’étude d’un noyau d’occupation repéré dès les années 1990 au nord de la ville, dans la continuité des thermes du Nord, permet d’aborder à nouveaux frais la dynamique urbaine durant l’Antiquité tardive, en la nuançant jusqu’à s’interroger sur l’hypothèse d’une ville polynucléaire. La fouille préventive qui a eu lieu en 2022 dans le quartier des thermes du Nord a en effet permis de réfléchir au devenir des marges de Vaison-la-Romaine pour cette période : les vestiges dégagés et ceux repérés dans les années passées laissent entendre que l’occupation reste dynamique durant les IVe-VIIe s. apr. J.-C. La nature des édifices alors bâtis n’est pas claire et les indices collectés témoignent d’activités domestiques, artisanales et agricoles. L’examen de l’évolution du réseau viaire au nord et à l’ouest des thermes du Nord montre par ailleurs que les rues ont été maintenues aux mêmes emplacements durant toute l’Antiquité, variant toutefois dans leur largeur. Ces résultats jettent un éclairage complémentaire sur la Vaison antique tardive.
Lyon durant l’Antiquité tardive : une ville double tournée vers la Saône
par Tony Silvino, Emmanuelle Dumas, Julian Castelbou et Jean-François Reynaud
https://doi.org/10.4000/15h4a
Résumé :
Lyon/Lugdunum jouit d’un statut particulier durant l’Antiquité tardive puisqu’elle devient une métropole religieuse dès le début du ive s. Les recherches menées à partir des années 1970 ont révélé le groupe épiscopal des ive s. et ve s., ainsi que les basiliques funéraires érigées à partir du Ve s. en périphérie de la ville. Elles ont contribué à retrouver la topographie chrétienne du plus ancien évêché de la Gaule romaine. Leur poursuite au gré des aménagements permet maintenant d’un peu mieux connaître les autres éléments de la ville de l’Antiquité tardive et de sa proche périphérie. Elles montrent un déplacement du centre de l’agglomération, de la colline de Fourvière (l’ancien cœur de la ville romaine) aux quartiers fluviaux situés au bord de la Saône qui ont accueilli de nouveaux monuments religieux, en particulier la cathédrale, et un habitat sans doute relativement dense. La rétraction de l’espace occupé au cours du iiie s. pose la question du devenir de l’ancienne emprise urbaine et de la matérialisation des nouvelles limites de la ville par une ou des enceintes réduites. Les sources textuelles et les données archéologiques invitent à envisager que deux secteurs auraient été enclos : l’un, situé en rive droite de la Saône, englobait les quartiers fluviaux et une partie de la colline de Fourvière – malgré la désertion de cette partie de la ville –, et l’autre, situé en rive gauche de la Saône, englobait le nord-ouest de la Presqu’île ainsi que peut-être une partie des pentes de la Croix-Rousse. Les données accumulées depuis cinquante ans permettent ainsi dorénavant de nuancer l’image d’une ville en ruine durant l’Antiquité tardivepour offrir cemme d’une ville double de 40 ha, enclose, qui se développait de part et d’autre de la Saône. Les 36 ha fortifiés en rive droite de la Saône regroupaient le groupe épiscopal, des thermes, des habitations, des ateliers artisanaux et vraisemblablement la domus ecclesiae. Les 3,6 ha enclos en rive gauche de la Saône, dans la partie nord de l’actuelle Presqu’île, abritaient des habitations et des ateliers artisanaux. L’ancienne ville haute du Haut-Empire avait dorénavant l’aspect d’un paysage périurbain peuplé d’habitations isolées au milieu d’anciens monuments publics dépouillés de leur parure architecturale. Au-delà des murs du Haut-Empire, la périphérie urbaine accueillait toujours des lieux funéraires, des habitations isolées, des ateliers artisanaux, une petite agglomération au milieu de terrains mis en culture mais aussi, dorénavant, des lieux de culte chrétien. Les traces d’activités artisanales et les indices de mise en culture des terres à la périphérie témoignent de la permanence d’une économie et de son adaptation aux mutations de l’Antiquité tardive.











